Cosmétiques en Ukraine : le report de la réglementation technique divise le secteur
Selon Interfax-Ukraine, le gouvernement ukrainien a repoussé d'un an — jusqu'au 31 juillet 2027 — la période de transition de son règlement technique sur les cosmétiques, calqué sur la régulation européenne.

Conséquence: les produits placés sur le marché avant le 3 août 2027 ne pourront pas être interdits pour non-conformité, et les marques qui ont déjà investi dans la notification voient leur calendrier exploser. Derrière l'anecdote locale, c'est toute la chaîne du « clean beauty » qui révèle son sous-ton réel.
Le plateau qui bascule à la dernière seconde
La résolution a été publiée quelques jours avant l'échéance initiale du 3 août 2026. Timing de studio: on change la lumière entre deux prises, et tout le monde recalibre. Myroslava Pavlovska, à la tête de la branche ukrainienne de la marque autrichienne STYX, chiffre la note: notifier un seul produit revient entre 8 000 et 12 000 hryvnias. Yaroslav Protsko, fondateur de Piel Cosmetics et du parfumeur Le Pelerin Parfum, préfère le report à une mise en œuvre précipitée, tout en rappelant qu'un simple rapport d'expert coûte déjà une fois et demie le tarif de la notification. Natalia Plisiuk (Medicaprof) y voit la patte de « grands joueurs » qui auraient fait pression. Andriy Shumiakov (Dream Board) complète: peu d'entreprises ont bouclé la démarche — y compris des fournisseurs de chaînes nationales et des distributeurs pour instituts — pour des raisons qu'il qualifie d'« objectives »: rayons vidés, pertes de plusieurs milliards de hryvnias pour l'État.
Le « clean beauty » passe au crible
Le règlement, adopté le 20 janvier 2021 par le Cabinet des ministres ukrainien et entré en vigueur le 3 août 2024, visait un alignement complet sur Bruxelles. Mais l'épisode rend visible ce que cache souvent l'étiquette « conforme »: un empilement de frais, de dossiers, de délais — et de coûts qui tombent toujours sur les mêmes, les marques qui jouent le jeu. Pavlovska résume la frustration en évoquant un effort « titanique, bureaucratique et coûteux » consenti par celles et ceux qui voulaient continuer à travailler. Protsko, plus cash, estime que reporter la notification « jusqu'à la fin de la guerre » aurait été plus cohérent, et rappelle que les acteurs consciencieux sont déjà les premiers exposés aux contrôles. Quand on achète un fond de teint bio ou un soin clean, on ne voit pas l'envers du décor — mais ce dossier le rend soudain très lisible.
Le fini qu'il faudra surveiller
Pour une marque clean, la conformité européenne n'est pas un argument marketing: c'est un budget, du temps, des dossiers ouverts référence par référence. Quand une petite structure doit aligner plusieurs milliers d'euros par produit sur la seule notification, la question qui se pose est simple — qui peut encore se permettre d'être clean? La suite dépendra du calendrier de la guerre et des arbitrages bruxellois, mais une chose est désormais claire: la valeur d'une étiquette « conforme » se mesure à l'effort réel qu'elle a coûté.